Thursday, July 24, 2008

La poésie de Juliette Guerreiro

« Je ne t’aime pas.
Tu es bien trop nombreux
J’envisage doucement une bouche
Que brûlent mille langues scellées
»
Juliette Guerreiro – Extrait de « Brouillons de parole » - 2007

1. « Nous creusions la racine / De moi à moi »

Pourquoi lire, réfléchir et finalement écrire sur un poète contemporain?
Il y a bien sûr le besoin de remettre sur le tour nos « nous » et nos « je ». Ils se trouvent toujours plus exposés dans les vers d’un autre.
Besoin de nettoyage. Nécessité de remise en ordre.

Lire Juliette Guerreiro (Bordeaux. 1975), est une expérience édifiante car elle dépasse dès les premiers vers le jeu du retour à nous-mêmes. Ou plutôt non. La remise en ordre a bien lieu et elle est heureuse mais une fois achevée, il nous reste toute la dimension de l’autre qui expose et nous effare.
Juliette Guerreiro va loin, là où peu de ses contemporains s’aventurent. Et ce qu’elle ramène provoque le refus du lecteur timorée. Mais le « refus n’est qu’une question de réglage »[1] nous dit-elle. Sans doute, mais pénétrer l’univers d’un grand poète, c’est d’abord suivre des carte illisibles qui pourtant mènent quelque part. C’est renoncer à ses propres règles de perception et d’intuition pour assumer celles de l’autre. Mais on n’accepte le change que si l’on cherche la vérité à tout prix.

L’aventure débute donc une fois le troc achevé. Avancer « les yeux troués [avec] la chair de demain »[2] est déjà le plus beaux des tributs. Mais le voyage ne fait que commencer.
Et nous voilà au coeur des hautes futées de l’amour, là où, « sans voix l’ourlet des lèvres se couture d’infini »[3]. L’amour dans les poèmes de Juliette Guerreiro est souvent associé à la pitié mais le détachement que l’on sent dans son regard sur l’autre finit par nous sembler naturel tant l’amour pour celui-ci est puissant et vrai. C’est toute la force d’une madone.

A l’instar de l’homme Artaud qui confiait à Jacques Rivière cette « effroyable maladie » qui l’empêchait de se posséder et l’obligeait à être perpétuellement « en–dessous » de lui-même, la poésie de Juliette Guerreiro décortique l’espace et la distance incompressible qui sépare la source des sentiments, des sentiments eux-mêmes. Mais elle fait cependant de l’autre la pièce fondamental de son dispositif vital :

« Tu es ma convivance, l’amas de mes fragments tassés d’un comme ces mille fontaines d’une ».[4]


L’autre est vertébrant, l’antidote à « l’effroyable maladie », à la dilution de l’être conjurée dans ces phrases admirables :

« La peau est une bouche d’incendie »[5]

Et

« Ici mon je est infini et c’est toi qui me lie vraisemblablement tandis que je me cogne, me transperce à la réticence d’un repli ».[6]

Elle ne tombe cependant jamais dans l’idéalisation surfaite et offre au lecteur toute la palette des contradictions dans la passions et les défaites :

« C’est entre je et vous que le nous murmure le souffle lent des démolitions »[7].

Et
« Parce qu’il me recompose
Celui qui me comprend
M’achève chaque fois
Outrageusement, moi »

Thursday, July 20, 2006

Ekklesia (2)



Une putain s’endort
Sur la table sans tain

L’amour en chiffon d’oseille
Traîne sur un manteau de liqueurs

Sur l’évier de l’échec
Un amour sauce sa vie

Coule victuaille silencieuse
Une pudeur collagène

Le rêve regarde cette icône
Pourrir aux écoutilles de l’aube

Poupée changeante et creuse
Lumière au sein des charmilles

Sommeil de bazar et d’étoiles
Où des nerfs à vif coiffent des dents saines

Ses amants fatigués partagent le divin
Et se jettent dans l’oeil d’un ravin

Ekklesia (1)



Le peloton sédentaire du trottoir
Lorgne la fissure d’un jupon

Une traînée offre sa fleur vipère
La rose est divine dans sa photo de terre

Ses jambes écartées offrent
Un porche hideux à l’averse

Elle moque la jupe d’une veuve
Acide au comptoir des pleurs

En proie à l’affreuse attente
Des chaleurs enchantées

L’égalité est un songe lépreux
Et la fiole du tempérament

Abreuve l’auge du destin
Verte écume des désordres

Silenis Alcibiadis

Le poète s’enferme au rouge,
Prend son sac en hypothèse,
l’entière, l’amère issue du chagrin,
veut son ventre en tissu.

Sans soin, il part au rajout
dans le silex d’un bougeoir.
Hautain, il néglige le chant des tuiles
Dans la fournaise des cosses.

« L’artiste pue sans vin !
Le pain retient le fruit qui dort. »
Il finit par y croire,
Sans autre môle que celui de l’extase.

Il change le pignon des rites,
Son travail, huile perlière, sent le fretin,
Son chapeau est un train,
Il boude la terre laitière et larbine,

Trempe son doigt dans un désert,
Fuit le désespoir qui revient en partage,
Change la volonté des chiens de fusil,
Et déniche un semblable dans le sang.

Monday, July 17, 2006

Aux émeutiers français de 2005... et de 2006.. et de 2007... et de 2008.



L’éris

L’enfant du quartier pend l’enfer au silex
« plutôt mourir que m’écarter du levain »

L’ogre du pavé danse la gigue
Au sang frais qui coule

Il dormait au fumoir des tempêtes
Quand l’encre du désordre

Ouvrit un ventre infini de douleur
Le Temps affiché aux enchères

Edite une charte à ciseaux
Où s’empalent les pauvres

La semeuse au sein de soie essuie
Leurs larmes sur un chiffon d’eau douce

L’enfant vend son corps aux étoiles
Offre au tonnerre son froc insolent

Une cuve d’insultes au giron d’une caillasse
Pas de tutelle sans morve

L’ordre est une matronne automnale
Qui sent le bijou

Son cou perdra l’haleine à l’ancienne
Sur le billot des instants semences

Janvier 2006.

Sunday, July 16, 2006

La coupe d'amour

La coupe est pleine d’amour mais je ne peux en verser une goutte.
Une longue attente est rarement présente à l’esprit. Elle affleure parfois comme le rire ou la nostalgie. Elle est pourtant là, toujours, tresse en nous une rigueur oesophage et avale les heures et les jours.
Elle est tout le contraire de la mort. Je contemple ma pensée en éveil, sa force est surprenante.
Je vis dans l’attente et demeure impuissant. Rien à voir pourtant avec « l’impossibilité » telle qu’on la fête au banc du scepticisme. Ni la maladie, ou un quelconque dérangement de l’esprit... C’est un mûrissement, une « bonne nouvelle », une confiance que seule l’alternative au vieillissement peut offrir ; cette possibilité émanant des tréfonds de l’être « voulant » ; je veux parler de la confiance qui auréole les classes dominantes, celle que l’on jette aux enfants dans leur berceau... Celle-là, j’y ai renoncé, inconsciente, arrogante et injustifiable...
Non. Je savoure cette autre, fruit d’un travail constant, d’un dépouillement total... Un retour de pure énergie, une libération, un maelstrom qui ouvre enfin ses bras. L’attente sera longue, je le sais.
Mais voilà que le dessein de mon Tout s’est offert en pleine lumière ! Je me contemple bien avant l’essor et m’efforcerai de ne rien oublier le moment venu. L’énergie accumulée sera mon combustible.
Le bonheur est la force, non point le désir.

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