« Je ne t’aime pas.
Tu es bien trop nombreux
J’envisage doucement une bouche
Que brûlent mille langues scellées »
Tu es bien trop nombreux
J’envisage doucement une bouche
Que brûlent mille langues scellées »
Juliette Guerreiro – Extrait de « Brouillons de parole » - 2007
1. « Nous creusions la racine / De moi à moi »
Pourquoi lire, réfléchir et finalement écrire sur un poète contemporain?
Il y a bien sûr le besoin de remettre sur le tour nos « nous » et nos « je ». Ils se trouvent toujours plus exposés dans les vers d’un autre.
Besoin de nettoyage. Nécessité de remise en ordre.
Lire Juliette Guerreiro (Bordeaux. 1975), est une expérience édifiante car elle dépasse dès les premiers vers le jeu du retour à nous-mêmes. Ou plutôt non. La remise en ordre a bien lieu et elle est heureuse mais une fois achevée, il nous reste toute la dimension de l’autre qui expose et nous effare.
Juliette Guerreiro va loin, là où peu de ses contemporains s’aventurent. Et ce qu’elle ramène provoque le refus du lecteur timorée. Mais le « refus n’est qu’une question de réglage »[1] nous dit-elle. Sans doute, mais pénétrer l’univers d’un grand poète, c’est d’abord suivre des carte illisibles qui pourtant mènent quelque part. C’est renoncer à ses propres règles de perception et d’intuition pour assumer celles de l’autre. Mais on n’accepte le change que si l’on cherche la vérité à tout prix.
L’aventure débute donc une fois le troc achevé. Avancer « les yeux troués [avec] la chair de demain »[2] est déjà le plus beaux des tributs. Mais le voyage ne fait que commencer.
L’aventure débute donc une fois le troc achevé. Avancer « les yeux troués [avec] la chair de demain »[2] est déjà le plus beaux des tributs. Mais le voyage ne fait que commencer.
Et nous voilà au coeur des hautes futées de l’amour, là où, « sans voix l’ourlet des lèvres se couture d’infini »[3]. L’amour dans les poèmes de Juliette Guerreiro est souvent associé à la pitié mais le détachement que l’on sent dans son regard sur l’autre finit par nous sembler naturel tant l’amour pour celui-ci est puissant et vrai. C’est toute la force d’une madone.
A l’instar de l’homme Artaud qui confiait à Jacques Rivière cette « effroyable maladie » qui l’empêchait de se posséder et l’obligeait à être perpétuellement « en–dessous » de lui-même, la poésie de Juliette Guerreiro décortique l’espace et la distance incompressible qui sépare la source des sentiments, des sentiments eux-mêmes. Mais elle fait cependant de l’autre la pièce fondamental de son dispositif vital :
« Tu es ma convivance, l’amas de mes fragments tassés d’un comme ces mille fontaines d’une ».[4]
L’autre est vertébrant, l’antidote à « l’effroyable maladie », à la dilution de l’être conjurée dans ces phrases admirables :
« La peau est une bouche d’incendie »[5]
Et
« Ici mon je est infini et c’est toi qui me lie vraisemblablement tandis que je me cogne, me transperce à la réticence d’un repli ».[6]
Elle ne tombe cependant jamais dans l’idéalisation surfaite et offre au lecteur toute la palette des contradictions dans la passions et les défaites :
« C’est entre je et vous que le nous murmure le souffle lent des démolitions »[7].
A l’instar de l’homme Artaud qui confiait à Jacques Rivière cette « effroyable maladie » qui l’empêchait de se posséder et l’obligeait à être perpétuellement « en–dessous » de lui-même, la poésie de Juliette Guerreiro décortique l’espace et la distance incompressible qui sépare la source des sentiments, des sentiments eux-mêmes. Mais elle fait cependant de l’autre la pièce fondamental de son dispositif vital :
« Tu es ma convivance, l’amas de mes fragments tassés d’un comme ces mille fontaines d’une ».[4]
L’autre est vertébrant, l’antidote à « l’effroyable maladie », à la dilution de l’être conjurée dans ces phrases admirables :
« La peau est une bouche d’incendie »[5]
Et
« Ici mon je est infini et c’est toi qui me lie vraisemblablement tandis que je me cogne, me transperce à la réticence d’un repli ».[6]
Elle ne tombe cependant jamais dans l’idéalisation surfaite et offre au lecteur toute la palette des contradictions dans la passions et les défaites :
« C’est entre je et vous que le nous murmure le souffle lent des démolitions »[7].
Et
« Parce qu’il me recompose
Celui qui me comprend
M’achève chaque fois
Outrageusement, moi »
Celui qui me comprend
M’achève chaque fois
Outrageusement, moi »



